Entretien croisé volontaire/tutrice de fin de mission : Isaac et Claire du CPIE Haut-Languedoc
Le 30 mai dernier, Isaac terminait sa mission de Service Civique Écologique au CPIE du Haut-Languedoc. Il revient sur ses 6 mois de missions aux côtés de Claire, sa tutrice. Tous deux nous partagent ce que le Service Civique Écologique leur a apporté et les moments marquants de la mission, entre abri pour chauve-souris, anniversaire particulier et concours de BD !
« Pourquoi je voulais faire un service civique ? Pour faire des missions dans l’animation, avoir une nouvelle expérience et apprendre de nouvelles choses sur l’environnement. »
Isaac tu as commencé ta mission le 1er décembre 2025 au CPIE Haut-Languedoc, situé à Saint-Pons-de-Thomières, dans le département de l’Hérault.
Pour commencer peux-tu nous dire pourquoi tu souhaitais faire un service civique et comment tu as connu le CPIE ?
J’ai connu le CPIE via mon grand-frère, qui est fan. Il a essayé de passer par tous les CPIE de France ! Donc quand il a vu une offre de service civique du CPIE du coin, il a tout de suite pensé à moi et il m’a recommandé de postuler.
Et pourquoi je voulais faire un service civique ? Pour faire des missions dans l’animation, avoir une nouvelle expérience et apprendre de nouvelles choses sur l’environnement.
« Ça nous paraissait important de pouvoir répondre à un jeune qui a envie de s’engager sur l’environnement et qui est sur un territoire un peu isolé, où il y a peu d’offres. »
Claire, tu es responsable pédagogique et animatrice Nature au CPIE Haut-Languedoc. Qu’est-ce qui a amené le CPIE à mobiliser un volontaire ?
Initialement on souhaitait un service civique pour un projet Enfance et Nature, en-dehors du temps scolaire, avec un démarrage en avril 2025. Finalement, on n’a pas eu de candidature à l’époque et quand Isaac a candidaté le projet était terminé. Mais on souhaitait quand même accueillir un volontaire.
Le feeling était bon et c’était l’occasion de répondre à une demande du territoire. On n’apas beaucoup de candidatures du territoire, même pour des stages. Isaac il est du coin et ça nous paraissait important de pouvoir répondre à un jeune qui a envie de s’engager sur l’environnement et qui est sur un territoire un peu isolé, où il y a peu d’offres.
Isaac, j’ai cru comprendre qu’il n’y avait pas eu de journée-type dans ta mission. Du coup, peux-tu plutôt nous donner des exemples d’activités que tu as été amenées à faire ? Qu’as-tu particulièrement apprécié ?
Effectivement, j’ai fait beaucoup de choses. J’aime beaucoup le graphisme alors j’ai adoré faire des illustrations pour des panneaux sentier explicatifs et la mise en page pour la BD gagnante du concours (NB : organisé tous les 2 ans par le CPIE auprès des scolaires autour d’une espèce faunistique du territoire. La BD est publiée par le CPIE). Ça m’a permis de prendre en main un nouveau logiciel de graphisme. C’était très agréable à faire.
Il y a aussi eu les animations où j’encadrais des petits groupes d’élèves en classe sur des activités d’éducation à l’environnement, ou encore de l’information-sensibilisation sur un stand lors des marchés. D’ailleurs je me sentais plus à l’aise dans ce cadre pour aller vers les gens et discuter avec eux, peut-être parce que c’était moins formel.
Mais si je devais choisir une journée préférée, c’est quand j’ai accompagné Séverine, une autre salariée du CPIE, pour installer un œil-de-bœuf dans une église pour les chauve-souris.
Peux-tu nous préciser ce qu’est un œil-de-bœuf ?
Isaac : un œil-de-bœuf c’est une ouverture ovale dans le mur d’une église où il y avait des vitraux. On s’en sert pour couper la lumière et faire un habitat favorable pour les chauve-souris. J’ai pu prendre des photos, accompagner un petit peu, et en apprendre plus sur les chauves-souris. Ça m’a vraiment plu.
Claire : c’est une église qui n’est plus utilisée ; notre action vise à réhabiliter le site avec un usage en faveur de la biodiversité.
« On a eu l’occasion de fêter les 18 ans d’Isaac pendant sa mission ! »
Claire, y a-t-il un moment particulièrement sympathique avec Isaac que tu aimerais nous partager ?
Je dirais que ce que j’ai vraiment apprécié avec Isaac ce sont les temps en voiture, qui nous ont permis de beaucoup échanger sur des sujets plus larges que ceux du CPIE ou un peu plus personnels aussi parfois. Ce sont des moments de discussion qu’on ne prend pas au bureau. Ou alors peu. Et comme on faisait pas mal de déplacements qui pouvaient être longs, c’était sympa d’avoir ces temps partagés.
Et puis on a eu l’occasion de fêter les 18 ans d’Isaac pendant sa mission. Donc, on s’est fait un resto ensemble avec l’équipe. C’était une occasion particulière qui a été très plaisante.
« Avec Isaac on a eu une vraie relation d’équipe. Même s’il y a un tuteur, c’est important que le volontaire puisse se sentir à l’aise avec les autres personnes de l’équipe et y soit pleinement intégré. »
Comment s’est déroulé l’accompagnement au projet d’avenir, qui fait partie du rôle de tuteur ? Isaac, qu’est-ce que ces échanges t’ont apporté ?
Isaac : étant accompagné par ailleurs par la mission locale, je n’avais pas trop d’attentes par rapport à l’accompagnement dans le cadre du service civique
Mais elles [les salariées du CPIE] ont toujours su m’écouter ou m’apporter un conseil quand je leur demandais, comme relire un mail ou quelque chose comme ça.
Claire : au départ, on s’était partagé les rôles avec la présidente. Je faisais l’accompagnement au quotidien et la présidente suivait le projet d’avenir. Sauf que la présidente a démissionné en cours de route, donc j’ai plus ou moins pris le relais.
Comme Isaac était accompagné par la mission locale nos échanges ont plutôt été informels, échanges au cours desquels j’ai pu mesurer qu’il avait un projet construit. Et puis il a pris du temps pour faire son CV et ses demandes en CFA derrière.
Je rajouterais qu’on a fait le bilan de fin de mission aussi avec Nadia l’autre salariée du CPIE. Avec Isaac on a eu une vraie relation d’équipe. Même s’il y a un tuteur, c’est important que le volontaire puisse se sentir à l’aise avec les autres personnes de l’équipe et y soit pleinement intégré.
« Ça m’a amenée à remettre mes priorités en ligne de mire. »
Le CPIE avait-il déjà accueilli un jeune ? Tu avais déjà tutoré ?
Il y avait eu des accueils de volontaire il y a plusieurs années mais pas depuis que je suis arrivée et personne n’avait tutoré dans la structure si ce n’est la présidente dans une autre association. C’était donc tout nouveau pour moi et c’est pour ça que j’ai suivi la formation « Découvrir son rôle de tuteur » en 2025.
A titre personnel qu’est-ce que cette expérience de tutrice t’a apporté ?
Je suis amenée à faire beaucoup de choses différentes dans mon métier. J’ai dû expliquer ce que je faisais, pourquoi je le faisais, essayer de faire comprendre ma vision des choses sur ce métier à quelqu’un qui ne connaissait pas les associations environnementales. Ça m’a vraiment questionnée sur certains points. Surtout quand ça fait 20 ans que tu fais ce métier : c’est bénéfique de se réinterroger. Ça m’a amenée à remettre mes priorités en ligne de mire.
Et au CPIE, qu’est-ce qu’Isaac a apporté ?
Sa jeunesse déjà. Ça permet d’avoir un regard extérieur, avec parfois un peu de modernité, sur les réseaux sociaux par exemple, sur la façon de communiquer. Ça a permis des échanges différents au sein de l’équipe, de ne pas se retrouver seul aussi, car on est une toute petite équipe.
Et puis il y a tous ses talents : le dessin, le graphisme… On a été grandement satisfait de tout ce qu’il a apporté à l’association. Et on a découvert juste avant la fin de sa mission qu’il maîtrisait très bien l’anglais. On l’aurait bien gardé pour les stands grand public... Il a un très bon contact avec le public.
« Ça m’a apporté une vision totalement différente du monde associatif. J’ai aussi pu rencontrer beaucoup de monde. Ça m’a ouvert des portes. »
Isaac, tu viens de faire ton bilan nominatif. Avec quoi repars-tu au terme de ces 6 mois de mission ?
Avant tout beaucoup de connaissances sur plein d’espèces différentes sur lesquelles je ne me serais pas focalisé dans ma vie quotidienne. J’ai aussi découvert qu’il y avait des espèces exotiques envahissantes que je voyais depuis que je suis enfant, comme la vigne vierge. Ça m’a vraiment surpris d’apprendre qu’en fait elle ne venait pas d’ici.
Et puis ça m’a apporté une vision totalement différente du monde associatif. Avant ça j’intervenais dans une association qui faisait du périscolaire pour des écoles occitanes. Je n’étais pas souvent convié à des réunions ou à discuter des problématiques, de ce qui pouvait me déranger… C’est quelque chose que j’ai vraiment trouvé ici par contre.
Elles [les salariées du CPIE] étaient dans l’échange, elles me demandaient si le rythme m’allait, si les difficultés qu’a pu connaître l’association n’étaient pas trop anxiogènes pour moi… Ça a amélioré ma vision des relations qu’on peut avoir avec ses collègues.
J’ai aussi pu rencontrer beaucoup de monde, lors d’événements, de réunions, faire mon petit réseau. Ça m’a ouvert des portes. Si je n’étais pas venu au CPIE on ne m’aurait pas proposé d’illustrer un livre par exemple. Il y a vraiment plusieurs opportunités qui m’ont été présentées grâce au service civique.
Ta mission se termine demain, quels sont tes projets pour la suite ?
Je vais changer complètement de direction professionnelle. Je ne vais pas rester dans l’animation même si c’est quelque chose qui me plaît bien.
J’ai envie de passer un CAP d’électricien car il y a du contact humain, ce que j’aime bien. C’est un métier social, où je me rends utile.
Ça va me permettre aussi de déménager dans une grande ville, à Montpellier, où il y aura plus d’opportunités que dans le village où j’habite
Et côté associatif, tu as des envies de continuer à t’engager ?
Je vais déjà être bénévole dans deux semaines au Navette express festival à Pardhailan. J’espère pouvoir découvrir d’autres associations sur Montpellier. J’irais aux événements du CPIE de Montpellier par exemple. Je compte m’engager au maximum.
Claire, pour finir, qu’as-tu envie de dire à Isaac pour la suite de son parcours ?
Continuer à s’immerger en pleine nature, même s’il devient citadin. C’est important.
Autrement, je lui fais totalement confiance pour la suite. Les échanges qu’on a eus montrent bien qu’il a une vision claire et réfléchie de ce qu’il veut pour la suite.
Y a-t-il de nouvelles missions de service civique en perspective au CPIE Haut-Languedoc ?
Pas dans l’immédiat. Nous avons pleinement conscience du temps que cela demande et il faut qu’on puisse apporter un accompagnement de qualité.
Pour l’instant on est en période de recrutement, il y a des changements dans la gouvernance, on a du mal à se projeter. Il faut qu’on retrouve un peu de stabilité avant de mobiliser un nouveau service civique. Peut-être courant 2027 ?
Et toi Isaac y a-t-il quelque chose que tu aimerais dire à Claire pour terminer ?
Merci déjà pour m’avoir accueilli en service civique et continue d’être aussi agréable avec les gens.